Alphonse Daudet et Paul Arène : 

La Provence en inspiration

©AlbaVerba – Illustration de Marie Flusin pour Étoiles, le TétrasLire n°5

Alphonse Daudet, un provençal à Paris

Des débuts difficiles

Né à Nîmes, il commence ses études à Lyon, mais doit se mettre à travailler très jeune pour échapper à la pauvreté. Il passe quelques années difficiles comme surveillant dans un collège. Grâce à son frère Ernest qui est journaliste à Paris, il rencontre pourtant des écrivains et des hommes politiques célèbres et se lance dans la littérature.

Il commence sa carrière par des vers qui connaissent assez peu de succès, mais quand le duc de Morny le prend comme secrétaire, il gagne enfin sa vie convenablement. Sa santé très fragile réclame soleil et chaleur, qu’il trouve au cours de ses voyages en Algérie et en Provence, où il renoue avec son pays natal.

Le succès d’un remarquable conteur

C’est là qu’il se lie d’amitié avec Frédéric Mistral, grand défenseur de la langue d’oc et de la culture provençale, qui l’accueille au sein de son mouvement, le Félibrige. Daudet écrits ses premières œuvres provençales qui assurent sa renommée.

Mais Daudet est aussi un Parisien, qui passe finalement assez peu de temps en Provence. Durant ces courts séjours, il s’imprègne de la chaleur et de la simplicité des hommes du Midi, mais découvre aussi leur rudesse et ne perd jamais une occasion de moquer leurs défauts. C’est ainsi que naît le personnage de Tartarin de Tarascon : drôle, spontané, mais aussi vantard et parfois ridicule.

Les Lettres de mon moulin

Cinq premiers textes, qui constitueront plus tard le socle des Lettres de mon moulin, sont publiés en 1866 par le journal L’Événement. Sur ces premières Lettres, nul doute : Paul Arène et Alphonse Daudet ont travaillé ensemble, et signé “Marie-Gaston”.

Les nouvelles, plus nombreuses, sont ensuite rassemblées par l’éditeur Hetzel en 1869 sous le titre Impressions & Souvenirs et connaissent un succès immédiat. Les Lettres de Mon Moulin seront complétées dix ans plus tard par cinq autres textes qui forment ainsi l’édition définitive que nous connaissons aujourd’hui. Alphonse Daudet invite son lecteur dans un pays écrasé de soleil et parfumé de thym, mais qui n’est pas seulement la Provence. On trouve dans le recueil des nouvelles inspirées des voyages de Daudet en Corse et en Algérie. Certaines nouvelles sont très connues, comme « La chèvre de Monsieur Seguin », « Le secret de Maître Cornille », « La mule du pape ».

Paul Arène, l’enfant méconnu de Sisteron

Né à Sisteron dans les Alpes de Haute-Provence, Paul Arène est fortement marqué par la lumière de Provence, et par ses habitants à la fois rudes et joyeux.

Après une licence en philosophie, il devient maître d’études et quitte son pays de rocailles et de soleil pour Paris. Là, il s’essaie à la littérature et au journalisme et fréquente les cafés littéraires. Il y rencontre notamment Alphonse Daudet et Frédéric Mistral, Provençaux comme lui. Les étés passés à Sisteron sont des trouées de soleil dans la grisaille parisienne. L’été 1868, à 25 ans, il écrit dans son bastidon de la Cigalière son premier roman, Jean-des-Figues, qui le fait largement connaître. Sisteron y prend le joli nom de Canteperdrix et l’ouvrage est largement inspiré des souvenirs du jeune homme. Il vit désormais de sa plume et compose de nombeux contes, nouvelles et chroniques qui paraissent dans les journaux.

Fervent défenseur de la langue chantante

Paul Arène collabore avec Alphonse Daudet à l’écriture de chroniques provençales qui sont une ébauche des célèbres Lettres de mon moulin. Il fonde un Félibrige parisien, frère du Félibrige qu’anime Frédéric Mistral près d’Aix-en-Provence. Ces deux groupes d’écrivains s’engagent pour la défense de la langue et de la culture provençales.

En opposant la ville à la campagne, Paris à la Province, mais aussi le progrès industriel aux humbles outils et au savoir-faire des paysans, Paul Arène veut montrer que le bonheur réside dans les petites choses, dans la sobriété des besoins, dans les joies simples. Vers la fin de sa vie, il passe de plus en plus de temps en Provence, et finit pas s’installer à Antibes, où il meurt en 1896, à sa table de travail, le front posé sur un conte inachevé.

Chantre des petits bonheurs…

Pour Paul Arène, qui vit la plupart du temps à Paris, le bonheur coule en Provence. Il pense que les Méridionaux sont particulièrement doués pour vivre heureux. Chacun de ses contes de Provence est donc est une petite leçon de bonheur donnée par un personnage pittoresque comme un santon de crèche :

Benistan l’optimiste (son nom signifie « le bien-portant ») ; Tardive la bonne mèrele père Noé, vieux fou plein de sagesse ; la prieuresse des Pénitents bleus ; le bon curé un peu naïf ; le docteur plein d’importance ; Domnine la petite princesse pâle ; Peu-Parle le paysan taiseux ; Mïus de la Céleste, le philosophe qui s’ignore ; et la petite bande des galopins tapageurs, mal-peignés, toujours courant, grapillant le raisin sur les vignes et posant des gluaux dans les buissons…

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